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Le Parrain — Elhadji Amadou Sarr

Elhadji Amadou Sarr (1894 – 1980)

Né en 1894 d’un père toucouleur du Fouta et d’une mère bambara d’origine malienne, il a grandi à Saint-Louis avant de s’installer à Sébikotane — agriculteur innovateur, érudit et citoyen modèle.

PORTRAITElhadji Amadou Sarr, agriculteur et imam

Né en 1894, d’un père toucouleur originaire du Fouta et d’une mère bambara d’origine malienne, il a grandi à Saint-Louis du Senegal. Etant « citoyen des quatre communes », il était donc de nationalité française et a pu aller à l’école française dans sa ville natale de Saint-Louis. Comme plusieurs de ses compatriotes, il sera mobilisé en 1914 et en 1939 pour servir dans l’armée française durant les deux guerres mondiales. Il a également servi comme infirmier dans plusieurs régions du Sénégal avant de s’installer à Sébikotane, comme agriculteur.

Après s’être adonné à la culture de l’arachide, comme la plupart de ses concitoyens, il cherchera très vite à sortir des sentiers battus pour innover. Ainsi il s’engage dans l’arboriculture pour produire des oranges, mandarines, citrons, goyaves, et autres agrumes. Il importa une éolienne pour pomper de l’eau d’un puits artisanal, à partir duquel il construisit un réseau de canaux an ciment pour transporter l’eau par gravité et irriguer une bonne partie de sa ferme qui faisait un peu moins d’un hectare. Notre complexe scolaire occupe une partie des terres qui constituait cette exploitation agricole. Son sens de l’innovation n’avait pas échappé à l’Administration coloniale qui lui décernera l’ordre du mérite agricole par le truchement du Ministère français des colonies de l’époque.

Mais Elhadji Amadou Sarr n’était pas seulement un entrepreneur agricole. Il était aussi un érudit de l’Islam qui aimait apprendre et partager ses connaissances. Il était un des imams de la mosquée de Elhadji Talla Lo, grande figure de l’Islam et de la Tijaniya, qui a grandement contribué à la vie spirituelle de Sébikotane. Plusieurs amis et notables venaient souvent rendre visite à Elhadji Amadou Sarr pour des échanges sur la religion, ou l’actualité politique. Il les recevait dans une petite salle de sa maison qui servait de lieu de prière et de bibliothèque Il y passait une bonne partie de la journée, entouré de sa collection d’œuvres de l’Imam Ghazali, mais aussi d’ouvrages sur l’histoire, la philosophie et de nombreuses revues auxquelles il était abonné et que la poste lui délivrait régulièrement.

Il était aussi un citoyen modèle, connu pour son intégrité et son sens élevé du devoir civique. Connaissant la valeur de l’éducation dans le développement humain, Il avait envoyé ses enfants à l’école française, ce qui n’était pas le cas dans beaucoup de familles Sébikotanoises durant la deuxième moitié des années 40. En 1988, alors que je venais d’être embauché au Centre culturel américain de Dakar, comme Assistant de l’Attaché culturel, le Conseiller aux affaires publiques de l’Ambassade américaine, M. Robert LaGamma, me demanda de l’accompagner pour rendre une visite de courtoisie à M. Abdourahmane Cissé qui était Directeur de la communication au Ministère de l’Information. Abdourahmane Cissé, un digne fils de Sébikotane, est un pionnier du journalisme d’investigation et de la presse indépendante au Senegal. Quand nous sommes entrés dans son bureau, M. Cissé, après avoir serré la main de son hôte, se tourna vers moi et dit à M. LaGamma, « si je suis allé à l’école française, c’est grâce au père de ce jeune homme ». J’étais ému et fier car je ne savais pas que mon père avait fait de tels plaidoyers pour la scolarisation des enfants.

Ce que je savais par contre, c’est qu’en tant que citoyen, il n’hésitait pas à initier des pétitions pour dénoncer, auprès des autorités administratives, des cas d’injustices sociales ou d’abus de pouvoir. Ainsi dans les années 1972, durant la grande sècheresse et la famine qui s’en est suivi, je me rappelle être assis à côté de lui pour recueillir les noms de signataires d’une pétition qu’il avait adressée aux autorités pour dénoncer le manque d’équité dans la distribution des céréales que le gouvernement avait allouées aux populations de Sébikotane. A l’issue de cette pétition, de plus grandes quantités de vivres furent distribuées à un plus grand nombre de personnes du village qui avaient été impactées par le fléau.

La création de ce complexe scolaire est destinée à lui rendre hommage en perpétuant son œuvre dans l’éducation et l’engagement civique. Mais aussi en le donnant comme modèle d’innovation, de créativité et d’intégrité aux jeunes. Elhadji Amadou Sarr, Abdourahmane Cissé et tant d’autres ont démontré leur amour pour Sébikotane et pour le pays par leur engagement citoyen.

En s’inscrivant dans la grande tradition intellectuelle de Sébikhotane qui remonte à l’Ecole William Ponty, où les premiers cadres intellectuels et professionnels du Sénégal et de l’Afrique de l’ouest étaient éduqués, nous espérons que le Complexe scolaire Elhadji Amadou Sarr sera un berceau d’innovation et de civisme à partir duquel rayonneront des milliers de leaders qui propulseront le Sénégal et l’Afrique vers la conquêtes de nouvelles frontières scientifiques, économiques politiques et sociales pour que le 21ème siècle soit celui de la renaissance africaine.

Si je suis allé à l’école française, c’est grâce au père de ce jeune homme.

— Abdourahmane Cissé, Ancien Directeur de la communication, Ministère de l’Information

Un esprit pionnier

De l’irrigation par gravité à l’arboriculture, il a toujours cherché à sortir des sentiers battus.

Un érudit engagé

Imam et lecteur assidu, il a fait de sa maison un lieu d’échange intellectuel et spirituel.

Un citoyen modèle

Défenseur de la justice sociale, il n’a jamais hésité à porter la voix de sa communauté.

Complexe Scolaire
El Hadji Amadou Sarr

Lycée privé d’excellence à Sébikotane, Sénégal.

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